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Biographie > Jane's story

Les scientifiques de tout pays n'en reviennent toujours pas voici que l'herbe qui endort aurait une autre propriété, celle de réveiller les morts. Ainsi, plus de 20 ans après la formation du groupe et 12 ans (!) après leur dernier et deuxième album, (Mary) Jane's Addiction renaît de ses cendres tel un phoenix flamboyant et toujours aussi camé. Oh, évidemment, l'activité cérébrale des californiens n'a jamais vraiment frisé le coma : on avait pu suivre de loin les tribulations de Perry Farrel au sein de Porno For Pyros, et l'on a pu constater à l'écoute de son album solo Trust no one que l'on pouvait faire confiance à Dave Navarro en matière de sens mélodique aigu, toujours à l'aise dans un contexte d'expression plus lâche que celui des Red Hot Chili Peppers. Et voilà qu'à nouveau épaulé de Stephen Perkins à la batterie et de Chris Chaney à la basse, le duo magique se reforme sur les bases saines d'une amitié durable jamais entamée par le temps et les intempéries. En 1987, Jane's Addiction avait sauvé le rock par un premier album empruntant autant à l'héroïsme romantique de Queen, à la puissance de feu de The Cult, qu'au groove charmeur des Red Hot de l'époque. En 2003, peuvent-ils encore étonner et redistribuer les cartes d'un jeu trusté par la vague rock'n'roll ? Eléments de réponses avec Strays.

Jane's Addiction / Chronique LP > The great escape artist

Jane's Addiction - The great escape artist Huit années se sont écoulées depuis Strays et Jane's Addiction continue de cultiver son "culte", lui qui n'a, avant ce The great escape artist sorti rappelons-le que... trois albums studios, lesquels ont toutefois largement contribué à conférer ce statut si particulier que possède la formation californienne. Un peu comparable à celui des Soundgarden, RHCP et autres Pearl Jam, sauf que tous ces groupes-là ont eu des carrières un peu plus "durables" quand même que la troupe emmenée à l'origine par la paire Perry Farrell / Eric Avery (ce-dernier n'étant plus dans la bande à l'heure où sont rédigées ces lignes). Presque 28 ans années d'existence officielle, jalonnés de trous noirs, splits, hiatus et rabibochages homériques et revoici un groupe qui a surtout connu son heure de gloire par le biais de deux cartons au tout début des années 90, un gros buzz en retour de flamme en 2003 avec Strays et qui essaie de se payer un nouveau come-back à l'heure où il ne semble plus vraiment être très attendu.

The great escape artist, c'est, à l'image du titre, une fuite en avant. Une coup de balai sur le passé, un retour vers le futur mais également une semi-échappatoire face aux diktats du système. Oui, Jane's Addiction est chez une major, en l'occurrence Capitol Records/EMI, mais cela ne semble plus être réellement la priorité des priorités pour le groupe et donc peu l'affecter. Pas plus que n'a l'air de l'être du côté de la maison de disques, qui mise surtout sur d'autres franchises que ce groupe-là, même s'il peut quand même encore rapporter pas mal en ces temps de crise. Mais du même coup, Jane's Addiction ne saurait être un énorme blockbuster calibré pour faire sauter la banque à tout prix (et peu importe si c'est une purge artistique remember les derniers Incubus et RHCP, deux autres vestiges d'un âge d'or du rock reconnaissons-le révolu). De fait "Underground" et "End of lies" envoient les guitares et ce quatrième album s'offre une entrée en matière résolument... rock oui, 90's mais bien troussée et plutôt cool. Au rayon des petits nouveaux : Dave Sitek (TV on the Radio) et la prod' signée Rich Costey (Cave In, Muse, Interpol) apportent la caution de modernité à un ensemble à tendance old-school, et "Curiosity kills" permet au groupe de poursuivre sur la même voie.

Trois premiers titres très réussis même si on est encore loin de la grande époque du groupe, Jane's Addiction ne revient pas uniquement pour l'argent et le prouve avec le single "Iresistible force". Là encore, ce n'est toujours pas transcendant mais vue la qualité moyenne des grosses sorties actuelles et les fours monumentaux débarqués ces derniers temps (genre ça commence par Metal et ça finit par Lica), ça reste plus qu'honorable. Dans la catégorie "je fais un titre qui peut passer en radio mais qui est suffisamment mainstream pour plaire sans l'être trop pour verser dans la guimauve diabétique", le groupe flirte avec les clichés mais se sort de l'exercice sans trop de casse et poursuit avec un "I'll hit you back" bien insipide même si au final inoffensif. On se surprend alors à se dire que ça ne décolle pas vraiment... mais que paradoxalement ce n'est jamais vraiment mauvais, toujours défendable d'autant que les américains font plus qu'illusion en mettant réellement du coeur à l'ouvrage ("Twisted tales"). Alors oui, le rendu final est sommes toutes très très facile mais dans le même temps, l'album s'écoute jusque là sans déplaisir (bon même si "Ultimate reason" est vraiment faiblard et "Broken people" plus que poussif); au milieu, "Splash a little water on it" ferait un bon single et démontre surtout que Jane's Addiction respire toujours. Et même un peu plus lorsque les gaziers lâchent un "Words right out of my mouth" où ils font parler la poudre historie de conclure l'affaire sur une jolie note. Sympa, largement imparfait mais sans doute meilleur qu'attendu : la fougue est là, la prise de risque inconsidérée beaucoup moins, le groupe est rentré dans le rang mais arrive encore à larguer quelques (très) bons titres ci et là et c'est déjà pas mal.

Jane's Addiction / Chronique LP > Strays

strays Mémé Jacquet vous le dirait mieux que moi, sans jeu collectif, les plus grandes stars du monde ne pourront jamais former une belle équipe. En 1991, la querelle intestine entre Navarro et Farrel se propage au sein de Jane's Addiction, la lutte de leurs deux ego démesurés précipite le groupe vers la chute en pleine gloire. Douze ans après, les deux hommes ont mûri, ont beaucoup appris de leurs vies de musiciens itinérants de cette fin de siècle, et s'ils ne se sont pas départis de leurs gargantuesques personnalités, ils semblent pouvoir enfin s'entendre à merveille pour pondre un album aussi parfait (trop ?) que ce Strays miraculé. Perry Farrel est toujours cet espèce de lutin halluciné, croisement génétique improbable de Freddy Mercury, Prince et Ian Brown réunis. Il funambulise sur le fil d'un lyrisme lointain (le refrain de "The riches") sans jamais donner l'impression de pouvoir tomber dans le dégoulinant, électrisant l'atmosphère en transportant l'auditeur en plein épopée dramatique du seul son de sa voix d'ange déchu. Dave Navarro est toujours ce soliste appliqué, virtuose de l'arpège canon (le délicat "Everybody's friend" ), prince de l'intro accablante (le très Chillien "Just because" ), surdoué du riff dévastateur (l'ouverture expérimentée de "True mature"). Il n'oublie pourtant jamais d'être accessible, gratouillant le funk sur le ventre (groovy "Wrong girl" ) ou étincelant de furie fusionnelle. Le soutien tranquille et rassurant de la paire Chaney/Perkins achève de transformer cet album en répertoire parfait du rock du 21ème siècle, avec son petit lot intégré de singles FM qui s'ils ne sont pas des plus originaux feront tout de même plaisir à entendre sur les ondes. On pense furieusement à la grande scène californienne de l'époque où les Janes côtoyaient allègrement les Red Hot et The Cult ("To match the sun" brille de cet éclat), tous courrant après le Saint Graal de l'intro basse-batterie torride ("Price I pay", angles fermes) et du groove interminable ("Suffer some", encore un peu de basse dans votre ryhtmique ?). Sans effort apparent, (Mary) Jane's Addiction parvient ainsi à faire le joint entre 1987 et 2003, et il se pourrait bien que ça fasse un tabac, ou un carton, c'est selon. J'peux tirer une latte sur le spliff de quelqu'un ?