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Shannon Wright est originaire d'Atlanta en Georgie. Sa carrière solo a commencé après la séparation de son groupe, Crowsdell. Elle a alors commencé à travailler sur un petit 4 pistes et par bonheur, une démo a atterri sur le bureau du label culte Touch And Go (The Jesus Lizard, Butthole Surfers, Girls Against Boys, Pinback) qui publiera ses premiers essais. Depuis, la dame s'est forgée une réputation qui dépasse les frontières à grand coup d'albums devenus mythiques, notamment Over the sun, en 2004 avec Steve Albini (Nirvana, Shellac, Neurosis, Weedeater, Mclusky) aux manettes, considéré comme son apogée discographique. Publiant des efforts avec une régularité de mathématicien, elle revient en 2010 avec un disque intitulé Secret blood via Vicious Circle.

A Tin Crown For the Social Bash b/w You're the Cup (1999)
Flightsafety (1999)
Maps of Tacit (2000)
Perishable Goods (2001)
Dyed in the Wool (2001)
A Junior Hymn b/w Asleep (2001)
Over the Sun (2004)
Yann Tiersen and Shannon Wright (2004)
Let in the Light (2007)
Honeybee Girls (2009)
Secret blood (2010)

Review Concert : Shannon Wright , Shannon Wright et 31Knots au grand mix (mai 2011)

Shannon Wright / Chronique LP > Division

Shannon Wright - Division Shannon Wright est devenue un nom qui évoque le respect lorsque l'on s'attache à revenir vingt ans en arrière pour faire le bilan sur le parcours de l'attachante américaine qui a fait confiance relativement assez tôt à la France (au début des années 2000) via le respectable label bordelais Vicious Circle, des passionnés qui ont lancé ou mis en lumière des formations telles que Mansfield.Tya, Elysian Fields, Sleeppers ou feu Seven Hate et Drive Blind. Devenue l'icône féminine du rock & folk indépendant, ayant eu le bon goût de laisser sa musique entre les mains du producteur Steve Albini (Nirvana, Pixies, The Jesus Lizard) sur quelques albums, l'ex-Crowsdell sort début 2017 un album nommé Division dont la genèse remonte à sa rencontre avec la pianiste Katia Labèque à la fin d'un de ses concerts à Rome, l'un de ses plus beaux paraît-il à la fin duquel Shannon, complètement désespérée par la relation qu'elle entretient avec son métier, n'est pas loin de tout arrêter.

La suite se fait presque naturellement, Katia remotive Shannon en l'invitant à venir tester ses pianos dans son studio à Rome puis lui recommande de manière insistante de travailler ses idées et de les mettre en boite à Paris avec son producteur David Chalmin, lui aussi fan de Shannon, bien que sa culture musicale soit le classique. À l'écoute de ce délicieux Division, on ne peut que remercier la pianiste d'avoir permis sa naissance. Presque logiquement, si l'on s'en tient à son histoire, ce nouvel album n'a presque pas de son de guitare, les huit titres de Division sont donc composés au piano et par moment s'immiscent des notes de claviers Casio assez cheap pour donner une couleur différente à son œuvre. À ce titre, "Accidental" en est un très beau reflet et fait penser plus ou moins directement aux travaux lo-fi de Troy Von Balthazar. Mais ce n'est pas tout, loin de là, puisque Shannon porte sa légendaire peine à la fois sur des ensembles de programmations électroniques et sur des rythmes acoustiques parfaitement maîtrisés par Raphaël Séguinier, batteur studio ayant tourné avec Saul Williams, Nouvelle Vague ou encore Émilie Simon, à l'instar du final de "Soft noise" qui rappelle bien par son titre que l'Américaine a clairement adouci le propos en matière de rock bruyant. En témoignent des titres d'une délicatesse rare comme "Iodine" (qui rappelle dans l'esprit certains titres de Kazu Makino & Blonde Redhead) ou la soyeuse "Seemingly".

Division n'est pas un album de plus de Shannon Wright. Il tire définitivement toute l'émotivité de cette dernière, comme si sa réalisation faisait office de thérapie, et l'atmosphère faite principalement de piano qui s'en dégage le rend unique en tout point. Je ne suis pas certain que ce disque crée une quelconque division entre les fans de Shannon, bien au contraire, il devrait mettre d'accord tout le monde tout en marquant un nouveau tournant dans l'aventure en solo de cette songwriter de génie.

Shannon Wright / Chronique LP > In film sound

Shannon Wright - In film sound Le clin d'oeil à Black Flag sur la pochette du superbe Secret blood n'était pas anodin et on imaginait bien Shannon Wright durcir encore un peu plus le propos sur son prochain jet. Et c'est plus ou moins le cas dès le premier titre intitulé "Noise parade" qui tranche de suite en 1000 rondelles le peu de scepticisme que l'on peut avoir à son égard. Une introduction de disque qui envoie lourd niveau riff et une section rythmique en mode heavy. Car en plus, la dame est accompagnée de deux Shipping News sur In film sound. Si ça c'est pas ce qu'on appelle un argument massue. Et la voix toute en retenue rend encore plus saignante la tonalité des instruments.

Le deuxième titre, "Caustic light", prolonge le plaisir d'écoute avec un titre qui semble apaisé et qui pratique la tension pour exploser et offrir un très beau déballage de tripes. Là encore, Shannon Wright ne semble pas avoir perdu ce songwriting que beaucoup de musiciens peuvent lui envier, une mise en abime d'une qualité assez exceptionnelle, dans la constance et le renouvellement sonore. On pourrait dire de cet album qu'elle offre également un très beau titre avec "Bleed", dans la grande lignée de "Defy this love", une piste calme et à fleur de peau avec des paroles qui ne respirent pas la cueillette de pissenlits au printemps. La suite de l'album contient également une collection de titres tous plus impeccables les uns que les autres, notamment "Mire" avec ce break virulent et la fin intense où le jeu de guitare si spécifique et atypique de Shannon Wright s'illustre à merveille. Bref, un exemple de plus où la musicienne côtoie la stratosphère. Tu l'auras vite compris cher(s) lecteur(s), je n'ai absolument rien de mal à dire sur ce nouveau cru qui n'est pas très loin d'être ce qu'elle a produit de mieux. On peut même oser le mot chef d'oeuvre. C'est dire la qualité d'In film sound.

Shannon Wright / Chronique LP > Secret blood

Shannon Wright - Secret blood En visitant les forums de rock et assimilé, il est facile de déceler deux types de fans de Shannon Wright. Ceux qui prétendent qu'elle a déjà tout donné et que le meilleur est derrière elle, notamment Over the Sun avec le gourou indé Albini. Et les autres, ceux qui vont la soutenir mordicus, pensant qu'elle est toujours capable de bien jolies choses en matière de musique. Je me range de leur coté et plutôt deux fois qu'une.
Et Secret blood offre pas mal de raisons de penser que l'on a là affaire à un talent intact de chez intact : notamment "Violent colors" qui offre une entame d'album deluxe après une intro ambiante bizarroïde faisant monter le déplaisir d'attendre une véritable pièce de choix. Ambiance tendue et riff pénétrant, une voix (et quelle voix!) qui se découvre peu à peu pour un morceau dont la montée de tension amène au plaisir auditif. "Fractured" est du même acabit : c'est du Shannon Wright qui tranche les sceptiques à la machette avec un songwriting précieux et brute de décoffrage. Premier morceau apaisé et porte d'entrée vers une pelletée d'étapes à la beauté palpable, "Dim reader" se savoure par ses textures en arrières-plans, ses relents shoegaze, et la respiration qu'il offre tandis qu'"On the riverside" se révèle être une perle en matière d'écriture anémique, la mélodie est très belle, on est pas loin du "sadcore" (la sainte trinité Low, Chokebore, Codeine) au niveau du rythme. On est à la mi-conclusion de l'album et Shannon Wright est encore loin d'avoir dit son dernier mot, Secret blood va alterner les titres doux splendides ("Merciful secret blood of a noble man"), les brulots écorchés vifs ("Commoner's saint") et les intermèdes marquants ("Satellites"). Shannon Wright en 2010, c'est toujours, de toute évidence, une écriture solide, sincère et à la richesse pluri-émotionnelle exacerbée. Shannon Wright en 2010, oui et plutôt deux fois qu'une (bis).

NdR : Sur la pochette du disque, à coté de la télé et du vinyle, on devine une pochette de disque de Black Flag, peut-être une manière de réaffirmer, pour ceux qui ose en douter, son attachement à la sphère DIY, donc à une certaine esthétique et conception de la musique.